L’histoire de la balle de golf

On s’est souvent plu à imaginer que les premières balles de golf étaient en pierre, peut-être … , mais plus sûrement, dès 1425, on utilisait des boules en bois tourné, que l’aristocratie, sans doute par souci de distinction sociale, faisait venir de Hollande. Elles furent rapidement remplacées par des balles en cuir bourrées de crin de vache (1430). Connaissant à la fois les conditions climatiques de l’Ecosse (plutôt humides !) et la nature du sol des links (particulièrement sablonneux), on reste perplexe quant à la longévité de ces balles.

C’est en 1618 semble-t-il que fut inventée la balle en plumes, dite « feathery » (de « feather » : plume). Cette balle allait régner sur le golf pendant près de 300 ans. Il s’agissait d’une petite sphère de cuir bourrée de plumes de canard bouillies. Trois petites pièces de cuir étaient cousues ensemble avec un fil enduit de cire. Par un petit trou, de la taille d’une tête d’épingle, on introduisait les plumes. Cette balle n’était pourtant pas sans inconvénient. Sous l’impact des clubs, elle éclatait souvent, répandant ses plumes à tous vents. Son coût élevé, car longue à fabriquer (un artisan en réalisait 4 ou 5 par jour), contribua, au même titre que la structuration des joueurs en sociétés fermées, à écarter du golf les classes populaires. Aussi fallut-il attendre l’année 1845 pour assister à la première démocratisation du golf, grâce à l’invention de la balle en gutta-percha, la « gutty ».

C’est un mélange de résines de diverses essences de type caoutchouc, poussant en Malaisie. Facilement modelable à chaud, la gutta-percha se solidifie et prend toutes ses qualités élastiques en refroidissant. Elle était utilisée à l’époque pour protéger les cargaisons transportées par les navires de la très britannique Compagnie des Indes.
Que l’utilisation de la gutta-percha pour confectionner des balles soit née de l’imagination d’enfants de St-Andrews jouant avec un emballage abandonné sur la côte par un bateau provenant de Singapour comme l’affirment certains, ou soit le produit génial du cerveau du Pasteur Robert Adams Patterson comme d’autres le prétendent, il n’en demeure pas moins que cette nouvelle balle six fois moins chère que la balle de plumes, et bien plus solide, allait à la fois réléguer la fameuse « feathery » au musée et rendre accessible au plus grand nombre, la pratique du golf.
La production de masse des « gutties »,par la technique du moulage entraîna par ailleurs la fixation de normes en matière de taille et de poids. La balle était devenue définitivement sphérique, améliorant ainsi ses possibilités de roulement. On s’aperçut très vite qu’en striant la surface de la balle (ce que faisaient les caddies avec un couteau), on augmentait de façon significative la longueur de sa trajectoire.

Cette intuition est à l’origine des alvéoles qui décorent encore de nos jours, la surface des balles de golf. Lorsque la balle est en vol, elle est animée d’un mouvement de rotation d’avant en arrière, consécutif à la frappe du club et à la résistance de l’air qu’elle rencontre. Au cours de cette rotation, les alvéoles échauffent l’air proche environnant, ce qui facilite la pénétration de la balle dans l’air et allonge ainsi la distance parcourue de 30 % environ par rapport aux performances d’une balle lisse. Sur ces bases déjà très complètes la balle moderne est inventée en 1898 par l’Américain Coburn Haskell. Il s’agit surtout d’un perfectionnement, imaginé, sans doute par analogie, à partir du mode de fabrication de la balle de base-bail.

Un noyau dur (bille de verre, d’acier…) enveloppé de caoutchouc est recouvert d’un fil élastique de 30 m, étiré jusqu’à 300 m, son extrémité finale ayant alors l’épaisseur d’un cheveu. Une coque protectrice moulée, alvéolée et peinte recouvre le tout.
Les aménagements postérieurs apportés à cette balle concerneront la qualité du noyau, le taux de compression, la coque protectrice, la répartition et le nombre d’alvéoles. Mais la conception de base des balles modernes n’a finalement que peu évoluée, depuis le début du siècle. A présent, toutes les balles sur le marché sont très sévèrement testées, contrôlées et agréées par les laboratoires d’essais du Royal & Ancient de St-Andrews, seuls habilités à procéder à l’homologation. Les normes sont d’une précision extrême en matière de poids (1,62 once soit 45,93 grammes), de taille (1,62 inches de diamètre soit 42,67 millimètres), de forme (parfaitement sphérique), et de performances: frappée par un appareil ad hoc à 56 m.p.h. (mile per hour) soit 90 KmIh, la vitesse initiale de la balle ne peut dépasser 250 pieds/ seconde (76,2 mètres/seconde) ; sa distance moyenne en portée et distance roulée ne peut être supérieure à 280 yards (256 mètres). Toutes les expériences doivent se dérouler à une température ambiante de 23°C, etc.

Proprement hallucinant! s’esclafferont les béotiens. Néanmoins tant de sollicitudes et d’attentions portées à cette petite balle sont sans doute révélatrices de l’importance accordée par le législateur à la conservation et au respect du principe d’égalité des chances entre les joueurs. Il y a là concentrées toute la lourdeur bureaucratique et toutes les qualités humaines de la Tradition.

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